Ah, la boulimie, je l'aime et je la hais à la fois. Je l'aime parce qu'elle a été si souvent le refuge de mon vide, mon échappatoire à la vie, aux autres; et je la hais parce qu'elle me détruit, le corps, le moral, la santé un jour aussi.
La nourriture, le premier lien avec la vie, le premier geste de la mère envers son enfant, un besoin ancestral, un problème mondial, combien de personnes meurent de faim et combien ne savent pas contrôler ce qu'ils mangent ?
Moi, tout à commencé très jeune, je n'ai pas de souvenirs de la nourriture comme quelque chose d'apaisant, de serein, mais comme d'un manque, d'une frustration. A la maison, il n'y avait pas beaucoup de bonnes choses à manger, ma mère faisait attention, on n'était que deux et elle contrôlait tout. Donc pas de biscuits dans les placards, pas de gâteaux le dimanche.
Le matin et le soir devaient être des repas normaux, avec même des bonnes choses, des jus d'oranges pressées, des soles meunières, des petits-suisse, ces repas, pris à deux, moi et ma mère à la cuisine sans doute dans une bonne ambiance.
mais le midi, ma mère travaillait et tout bébé, j'allais à la crèche. Ma mère venait me chercher juste après le repas du midi pour me donner mon repas que j'avais déjà pris à la crèche, et pendant quelques moi, j'ai mangé deux repas un par obligation et par faim l'autre par amour.
Puis à l'école je déjeunais à la cantine chez les soeurs, elles étaient gentilles et jouaient avec moi de ma peur d'être abandonnée.
Le collège était juste à côté l'école primaire des soeurs, alors, à midi au lieu de manger à la cantine du collège, je retournais manger chez les soeurs où j'aidais à débarrasser et à la vaisselle. A la fin, je mangeais assez solennellement avec les soeurs et les maîtresses puis j'allais aider à nettoyer.
En quatrième ou en troisième, j'ai arrêté d'aller chez les soeurs et je rentrais tous les midi chez moi, toute seule, manger ce que ma mère avait préparé ou bien des surgelés.
Et c'est là que tout a commencé. Je m'ennuyais et les repas préparés ne m'enchantaient guère, mais surtout dans le frigo il y avait la boîte d'un kilo de lait concentré sucré. Alors tous les jours, à part les crêpes salées, je jetais ce que ma mère avait préparé et je mangeais le lait concentré à la cuillère, avec des biscottes, dans le yaourt, avec du beurre, avec du sucre, je crois que j'ai tout essayé et je ne m'en suis jamais lassé. Pendant 4 ans j'ai rejeté et jeté presque systématiquement les repas que ma mère achetait ou préparait et je me suis nourris de sucre et de gras. En prenant bien soin d'aller racheter une petite boîte de lait concentré pour remettre la grande à niveau !!
Je faisais pas mal de sport et même si je n'étais pas maigre, je n'ai pas trop grossi à cette époque.
Quand je suis partie étudier à Paris, là tout a été chamboulé, je me retrouvais seule et la nourriture a été une véritable anarchie et là j'ai grossi, je suis arrivé jusqu'à 65 kilos pour 1m67. C'est pas énorme mais à 20 ans c'est pas cool.
Et depuis ce moment là, je fais soit attention soit je me goinfre mais je n'ai jamais su avoir un rapport normal avec la nourriture et c'est bien dommage.
Aujourd'hui j'ai presque 42 ans et je pèse 67 kilos pour 1m65, les chiffres se sont inversés mais moi c'est le phénomène que je veux inverser.
je veux arrêter de ne penser qu'à la bouffe quand je suis chez moi, de me sentir mal la moitié du temps ou affamée l'autre moitié.
Je veux y arriver. Et je vais essayer.